Summer Fest #1 /// Motocultor (Theix, Bretagne)

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Après avoir fêté comme il se devait l’ouverture camping, un soleil de plomb se lève sur Theix. Le camping est déjà dans un sale état, sa population ne l’est pas moins, et comme si ça ne suffisait pas l’organisation subit quelques problèmes. Un soucis de sécurité oblige à annuler les deux premiers concerts, on ne va pas sans dire que ce n’est pas avec beaucoup de regret qu’Ataraxie ne pourra pas assurer son set. Parce que du Funeral Doom des plus dépressifs à 13h c’est pas le meilleur pour éviter l’insolation. Miseducation of Masses se retrouve planté par la même occasion, et le set de Cattle Decapitation est écourté à 20 minutes que personne ne verra puisque le public s’impatiente dans une file d’attente de plusieurs dizaines de mètres, aspergés au mieux par des brumisateurs. C’est qui délivre le premier set du festival, à peine rentrés ils le terminent et un membre de l’orga s’avance pour expliquer les problèmes de cette matinée. Rien de plus déprimant que lorsqu’il annonce le nom qui va remplacer Electric Wizard dans quelques minutes. Le concert de la bande de Jus Oborn qui devait nous posséder aux alentours de minuit et avec qui nous devions nous entretenir dans une interview axée sur leur passion pour le cinéma bis sont annulés depuis Mercredi et le dégoût nous ai monté très vite à la tête puisque le sorcier électrique est une de mes formations préférées et leur prestation aurait été tout simplement parfaite. Puisque le concert auquel j’avais assisté au Hellfest 2011 fut l’un des meilleurs de ma courte existence !

« C’est avec honneur que nous vous annonçons la venue spéciale du groupe Absurdityyyy » Mmh. Les maîtres du Stoner/Doom hypnotique remplacés par un groupe Metalcore de Strasbourg. On sent un petit côté démago à peine, mais on sait à quel point il est impossible de trouver une tête d’affiche de cet acabit en 24h et puisqu’ils étaient en tournée avec Immolation… Alors on pardonne bien évidemment (en espérant revoir la bande à Justin à l’affiche pour 2013 tout comme les groupes annulés par le retard le seront), et il n’est pas sans dire que leur concert était pas des plus remarquables. Les gars tournent depuis 2001 et ils ont quand même du courage d’inaugurer la Dave Mustage, bien que les gens rentrent à peine sur le site. Dès lors c’est un autre groupe qui ne m’attire pas du tout qui prend la relève sur la Suppositor Stage, Devil Sold his Soul délivre un set qui ravira les coreux déçus de leur annulation à l’édition de l’an dernier. A la fois désespérée et niaise, leur musique ne m’atteint absolument pas au point de ne pas avoir humé une sorte d’« âme », d’ambiance sensée être dégagée d’un dit postcore. C’est lorsque Incantation jouera ses premiers blast qu’on commencera à ressentir le vrai son de porc, 22 ans de carrière pour ces leaders de la scène Death américaine (aux côtés des annulés Deicide, Suffocation et bien d’autres). Après tous ces changements de line-up il n’y a plus que le leader John McEntee qui puisse représenter cette longue carrière tumultueuse. Les tempos varient constamment, les passages Doom se multiplient mais le son reste puissant. La prestation semble donc convaincante mais la chaleur l’emporte et beaucoup sont obligés de partir sous les rares points d’ombre (c’est à dire les bars et le market pas très épais). On s’hydrate donc au bar VIP pour trouver de la fraîcheur et du repos afin de ne pas choper d’insolation dès la première journée. Retour devant la Suppositor Stage alors qu’il est plus de 18h, la curiosité Stille Volk attire notre attention comme beaucoup de festivaliers. L’année dernière c’était le Naheulband ou encore McCirculaire, on ne peut pas dire que ce soit au même degré mais sa place sur la programmation reste pas moins étonnante. Entre deux groupes de Death/Black on a donc le droit à un Folk Occitan énergique, intense et plein d’esprit qui s’évapore de la passion de ce trio des Pyrénées.

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On se retrouve perdus dans un monde médiéval pour quelques instants, avant de passer à un des Black qui pourrait paraître des plus clichés au premiers abords avec Inquisition (pour rester dans la sorcellerie quoi). Pourtant ces deux mecs (Dagon à la guitare, Incubus à la batterie) en marcels/corpse paint ont franchement tout défoncé avec très peu de chose. Tantôt lourd, cosmique, basique, un peu thrash old-school (comme à leurs débuts où il y avait un bassiste) ou pachydermique, leur genre, que je qualifie pour la plupart du temps poussif et répétitif, prend divers aspects tout en restant dans son style. La fin du show est marqué par des passages particulièrement desert rock, expérimentaux qui ont su créer une atmosphère vraiment impressionnante à cette heure peu avancée, qui a su faire bouger les têtes des festivaliers presque hypnotisés par ces variantes. Du coup Seth passe vraiment inaperçu à mes oreilles, avec la simple impression de retourner à l’état primitif du style. Le seul élément qui m’ait vraiment intrigué étant l’utilisation de la langue française mais on comprenait pas des masses non plus… Leurs compagnons de tournée Eths, (qui ont dû faire affiche commune dernièrement juste pour les lettres qui composent leurs patronymes) font les balances sur Samantha. Sûrement l’un des groupes les plus attendus du festival, il est reste pour moi l’un des premiers trucs Metal que j’ai pu écouté, genre en primaire. Du coup cela faisait plaisir d’entendre Bulimiarexia et bien d’autres rien que pour les souvenirs qu’ils ravivent. La prestation semble peu critiquable mais il reste que je n’accroche pas énormément à leur troisième album ni à la présence de Candice que tout le monde adule comme en témoigne les nombreuses invitations du public à se dévêtir.

 

C’est plutôt Corrosion Of Comformity qui va me faire prendre mon pied. On a beau avoir Electric Wizard annulé, il nous reste ce culte américain du Stoner. Bien que ce cher Pepper Kenan ne soit pas de la partie, il reste quand même Woodroe Weatherman (guitare), ainsi que Mike Dean (Basse/chant) et Reed Mullin derrière les fûts, deux types très sympathiques que j’ai pu rencontré quelques heures avant. Et ils sont là depuis 1982 ! A peine Psychic Vampire est lancée, l’esprit The Valley s’imbibe du public et me fait aimer ce nouvel album sobrement nommé de manière éponyme auquel j’avais pas beaucoup d’affection. Même si Doom, Moneychangers ou Rat City seront jouées tout le long de ce set, ce dernier sera marqué par la présence de vieux albums dont les morceaux paraissent beaucoup moins rentre dedans aujourd’hui comparé à leur qualité limite crossover de l’époque. C’est Animosity (1985) qui représente le plus ces racines, avec des titres bien énervés comme Loss for Words ou ce final avec Holier/Hungry Child/Technocracy. Les morceaux ont du mal à s’enchainer mais on les reconnaît bien et le pit est franchement sympa. Le grand moment restera Seven Days sur Deliverance (1994), un bond de 10 ans dans leur carrière qui amorce leur détachement du Hardcore/Thrash. Parce que ce morceau est juste parfait. Excellent set, probablement l’un des meilleurs du Week-End car le trio ne renie aucun de ses actes, toujours avec le même enthousiasme dopé à la fois au thrash et au desert rock.

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On se place devant la Suppositor Stage en écoutant d’une oreille vagabonde le set d’Immolation qui n’a pas l’air de salir sa réputation de groupe death culte. KMFDM s’en vont quant à eux se la jouer dancefloor avec la nuit tombée. Le mix electro-Metal semble bien équilibré, la foule est en délire aux sons des programmations, échantillonneurs et aux claviers. Après Candice, c’est les mensurations de la Cyber-Punk Lucia Cifarelli qui l’agitera. C’est un bazar scénique comme on l’aime, tout le monde change tout le temps d’instruments, la paire de guitaristes Steve White/Jules Hogdson est particulièrement solide, et tout le monde s’empare du micro à n’importe quel moment pour scander des paroles révoltées au son d’un Indus typiquement allemand. Enfin bref ça sent presque les années 80, d’ailleurs il faut remarquer Sascha Konietzko mène son projet depuis 1984. La discographie est chargée c’est le moins qu’on puisse dire. En tout cas, même si elle l’emmerde, KMFDM a l’air d’avoir mis d’accord la majorité du public et ce beaucoup plus qu’en pleine journée à un Hellfest ou autre. C’est au tour des Russes d’Arkona de changer complètement de registre, qui n’est pas du tout le mien. Tout le monde semble apprécier leur Folk à fourrure, puis c’est Trepalium qui clôture la soirée sur la Suppositor à cause des annulations de dernière minute. Ce n’est pas du tout le groupe qui m’ait déjà transcendé en live, leur musique me blase même un petit peu et ce groove ne m’a pas donné envie de rester jusqu’à Sick Boogie Murder pour faire la teuf au camping. Belle presta, comme d’habitude mais un son qui me fatigue.

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Le dur réveil nous fait manquer Direwolves. Mais quel genre d’être humain serait capable d’affronter Sublime Cadaveric Decomposition dans un état pas possible, le soleil tapant du début d’après-midi ? Le camping nous a habitué à être réveillés au son des samples sympathiques qui saupoudrent quelques morceaux de Porngrind de bon matin. Mais quand même, assister à 45 minutes de la légende du Goregrind français. Son roux au chant et son Black à la batterie résument à eux la mixité du groupe, qui ajoutent des tas d’éléments Thrash ou Punk avec une bonne grosse dose de groove sincère. Mais l’état du public est en décomposition, le groupe enchaîne sous une chaleur pas possible des milliers de titres tout aussi furax les uns que les autres si bien qu’on en oublie le côté fun du truc. Nous sommes qu’au premier concert, réussi, mais déjà abattus pour le reste de l’après-midi. Et puis niveau Grind on fera une pause jusqu’à Napalm Death pour reprendre notre claque, de préférence. On retire le style mais on reste sur un truc punchy, Peter Pan Speedrock prend avec peine la suite sur la Suppositor Stage. Rien de bien original mais de quoi réveiller le public. Kirk Windstein de Crowbar et Kéké de Trepalium, eux, apprécient sur le côté de la scène !

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On repasse aux basiques avec le Thrash/Death 90’s des français de No Return, l’ambiance est agréable (wall of death, circle-pit, invitations à reçevoir le zgeg de Chuck etc..), un peu de déconnade permet de supporter la chaleur. D’autant plus que ça joue quand même assez bien. Un besoin de repos me fait manquer la trentaine de titres de Blockhead (ma dose de Grind français ayant été donnée par SCD !) ainsi que le Punk-Rock des Adolescents qui devait passer bizarrement après autant de gruik. Un problème de circulation fait jouer les vainqueurs du tremplin, Warmachine, qui sortent un bon Southern rock’n’roll dont la majorité du public approuvera. J’en profite pour me ressourcer, ainsi que faire des chouettes rencontres avec Napalm Death et Crowbar. Si Pepper Kenan n’était pas dans COC, son collègue de Down Kirk Windstein est bien présent et va s’emparer du micro sur la Suppositor Stage afin de commencer à faire sa grosse voix sur son Sludge bien lourd. Crowbar envoie du paté sur scène, et c’est pas pour rien que leur leader fait partie de la dreamteam du Southern d’Orléans. La chaleur torride est aussi pesante que la musique mais cela fait plaisir de voir ce groupe culte dans n’importe quel cadre. Setlist géniale, communication et ambiance impec. Il ne reste plus que Noctem, pas la foi d’admirer des corpse paint enduits de sang qui délivrent un Black pas plus original que les autres.

La rencontre avec Napalm Death me fera douter que Shane Embury (Brujeria, Lock Up) ne sera pas de la partie et ses parties basse seront remplacées in extremis et le concert sera assuré malgré son envoi à l’hôpital. La haine de Barney contre la société et le pit furieux viendront combler cette absence, et au final on a le droit au même concert qu’au Hellfest (avec également un problème technique, sur Nazi Punks des Dead Ken), un peu moins bien et à la setlist dopée au récent utilitarian et aux cultes morceaux de Scum, qui a 30 ans déjà… Municipal Waste enchaîne directement, difficile de faire aussi bien que leur prestation au Hellfest 2011 qui fut une véritable aberration cataclysmique dans la fosse. Le public est bien énervé aussi si bien que la moitié va péter ses superbes lunettes jaunes dans la violence de la foule. Moi qui était réfractaire à leur dernier The Fatal Feast (2012) je me rends finalement compte qu’il passe extrêmement bien en live, comme tous les morceaux du groupe puisque c’est souvent le même schéma bien axé grosse déconnade. Fuck up by MW, version 2 !

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Dark Tranquility paraît presque ennuyant après ces deux claques énergiques. La setlist est classique, le son, des petites projections vidéos sucrées et la presta carré (toujours avec le charisme de notre rouquin) mais j’ai un véritable problème avec leur musique, le Death Mélodique n’est véritablement pas ma tasse de thé. Encore moins pour Your Demise. Tout ça n’est rien comparé à ce qui va se produire sur la Dave Mustage. Je vois pour la deuxième fois Coroner, après avoir pu les déguster pendant 1h30 au Roadburn. La setlist est donc plus courte, mais le groove de nombreux morceaux est bien là, les samples activés par leur 4e membre font toujours autant leur effet. Jamais un Thrash ait pu réussir à autant me transporter, j’ai juste une furieuse envie de danser dès qu’il se mettent à sortir du schéma basique du style. Rares en France, nombreux sont les fans non rassasiés de leur reformation au Hellfest 2011 et qui ont fait le déplacement pour reprendre leur claque devant le trio. Cette valeur sûre sera pour moi le meilleur concert du week end. Septic Flesh est, comme Trepalium, le groupe qui clotûre une journée éreintante alors qu’on les a déjà vus en Club et au Hellfest. Seulement les Grecs gèrent mieux leur spectacle de nuit que les Français. Malgré son manque d’actualité, The Great Mass (2011) fait toujours son effet avec ses samples orchestraux destructeurs, le charisme de Spiros et la puissance de leurs compositions. Un joli Wall of Death sur Communion, un Anubis toujours aussi sincère et une communication sans reproches. Bref, Septic Flesh a clotûré comme il se devait cette soirée bien garnie.

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Impureza nous assome dès le matin avec son Brutal Death-Flamenco, parsemé de claquettes et de rythmiques furibondes. La prestation nous semble très bonne, le batteur lui semble déçu comme en témoignera la discussion que nous aurons avec lui dans quelques heures. La bonne surprise sera Oil Carter. Ce groupe de jeunes passionnés français vient de sortir un premier album qui va nous filer une bonne dose de Heavy dès le début de l’après midi ! Le Grind sera ensuite à l’honneur avec Collision puis Inhume qui ne marquera pas mes esprits puisque je ne connaissais aucun des groupes musicalement, et que rien ne m’a vraiment fait vibrer… Une interview au fond d’un camion vide avec le batteur d’Impureza me fait manquer ADX et As They Burn (venus remplacer Exit Ten). Le bonhomme, très grivois, va nous expliquer à quel point il considère la musique de son groupe comme ténébreuse et fataliste, tout en restant dans la déconne. Un entretien très enrichissant et pas prise de tête, à écouter bientôt sur YCKM. On se ramène donc pendant le set d’Audrey Horne, qui devient à son tour la nouvelle bonne surprise Heavy, détendue et épurée.

 

Beatallica est probablement le groupe auquel j’ai le moins accroché du festival, peut être pour la bonne et simple raison que je ne suis absolument pas fervent ni des Beatles, ni des Metallica. Le public non plus n’a pas l’air d’accrocher juste après Pervert Ashole (que je regrette d’avoir manqué) si bien que le groupe commence à s’impatienter. Par la même occasion, on assiste donc à la conférence de Presse très détendue des quatre organisateurs de cette troisième édition en pleine air du Festival. Pas grand chose ne sera dit à part qu’ils sont très satisfaits du bilan de cette année et que le festival est en hausse de fréquentation et de notoriété, ce qui lui assure un bel avenir. L’annulation des groupes sera vite éclaircie et le sourire des responsables ne donnera pas lieu à des polémiques, si ce n’est les points d’ombre ou d’autres détails. Au final leur équipe représente bien l’esprit détendu du festival qu’ils ont crée.

On retourne devant les scènes, Myrath est en train de se produire. Axé sur leurs récents albums, les Tunisiens prennent la place généreuse et sincère qu’avait laissé Orphaned Land l’an passé. La communication avec le public marche bien, musicalement je ne suis pas époustouflé mais la synthèse des sonorités fonctionne comme il faut. Légère déception devant Krisiun, il faut dire que ça envoie mais je n’ai jamais vraiment accroché en studio. Mais on remarquera la technique, la précision et le travail des musiciens, comme celui du batteur qui colle à fond sur les passages plus lourds ou en mid tempo. Du pur Death brésilien, mais leur prestation est apparue comme basique à mes yeux malgré leur puissance.

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Behemoth vient tout détruire encore une fois, mais cette fois ci en retirant les effets grandiloquents qu’ils avaient mis au Hellfest, pour revenir aux racines. Suffit qu’ils jouent du Demigod ou du Evangelion pour conquérir le public. Avec son crâne rasé dû à sa victoire contre la leucémie, Nergal paraît avoir encore plus de puissance et la foule semble le ressentir à travers leur death/black halluciné. Les Hollandais de Textures s’impose comme le break en polyrythmie de la soirée, je serais totalement convaincu par leur prestation si bien que les passages chant niais sont passés inaperçus. Le groupe touche à tous ces albums, à commencer par leur dernier Dualism (2011) qui fait bel et bien son effet en live. Et J’ai toujours le même point de vue sur Immortal, surtout après les avoir déjà vus de loin au Hellfest 2010… Je garde mes distances car cet univers ne me parlera jamais, cela ne me fait ni chaud ni froid. Et ce n’est pas les fans qui se mutilent pour s’enduire de sang et paraître plus trve (véridique) qui vont me convaincre non plus. Du crabe, des corpse paint, des tubes, du feu etc… il y a peut être cet Avlanche de Leonard Cohen qui me fera plaisir. Mais la saveur sera au camping pour cette dernière soirée après quatre nuits de folie. Car encore plus que les concerts, c’est l’ambiance qui prime au Motocultor. Faire les deux c’est encore mieux ! Peut-être à l’année prochaine, si Electric Wizard revient. Et merci à l’espace presse de m’avoir donné ma chance !

Yob – Catharsis (2003)

Il ne faudrait pas plus d’un an à YOB après un premier disque fascinant Elaborations of Carbon (2002), pour que le groupe poursuive sa lancée d’expérimentation Stoner/Doom puissant teintée d’un progressif mystique. Déjà initiés précédemment (et ce, depuis leur démo éponyme de 2000) sur des prouesses de plus de 15 minutes comme Asleep in Samsara ou Revolution, les fans de YOB comprendront définitivement sur ce disque que les types d’Oregon ne font pas dans le simple et qu’il faudra au moins attendre The Illusion of Motion pour tomber sur un morceau qui puisse durer moins de 7 minutes sur Doom 2#. C’est parce que là nous sommes à 3 pistes, mais la quantité ne compte pas chez YOB, seule la qualité donne le caractère planant de leur son unique.

Travis Foster joue en crescendo sur ses cymbales marquées par des coups de caisse claire pour nous troubler, mais aussi afin d’introduire Aeon. Près de deux minutes durant sur ce rythme, puis Mike Scheidt nous refait vibrer sur des notes et des accords qui résonnent dans la reverb et le delay et ainsi s’écoulent comme de l’eau dans une rivière, la basse de Isamu Sato se joigne et le tout devient affreusement pesant. La lourdeur de YOB n’a jamais été aussi explicite, surtout quand Mike décide d’appuyer sur sa pédale pour activer la distorsion le temps de quatres mesures pour exploser et de reprendre le son d’origine. Les paroles sont ensuite dites, dans des superpositions entre un growl intermittent, des susurrations inquiétantes et cette voix ultra-modifiée omniprésente qui pourrait s’assimiler à Geddy Lee du groupe Rush. Ensuite le groupe oscille entre ces couplets s’envolant dans des progressions psychédéliques, des instrumentaux doom en disto et des passages d’une grande sagesse (laissant la guitare débuter ses solos sur le rythme de Travis qui ne reste pas moins nuancé, notamment à la dixième minute). Vers la quinzième minute, Mike comprend que c’est à lui de mener le morceau et démarre un excellent solo qui progressera vers un déchaînement total et dans une répétition hypnotique, il conclura le morceau sur le chant.

Tandis qu’Ether est tout d’un coup d’une puissance rentre dedans, jamais un morceau de YOB ne sera aussi radical. A peine un slide, pas besoin de plus pour démarrer ce pur Stoner Metal de sept minutes conçu et sonnant façon Gardenia de Kyuss où les accords se répètent, se renversent, s’enchaînent et la batterie remplit les espaces entre les accords. La voix rejoint le morceau et prend plus que jamais son message écologique, le refrain « Never Will I See the Sun Again? » répété maintes fois pour accentuer la critique et l’avertissement que donne le groupe pour un combat contre la pollution de la couche d’Ozone et donc du réchauffement climatique (snow = banquise on imagine) et tout ce qui s’y associe. Il suffit d’ailleurs de voir la pochette de Catharsis, pour y voir l’opposition entre les grandes cheminées (qui provoquent une référence évidente à Animals de Pink Floyd) et les populations bouddhistes qu’elles enfument, l’enjeu se trouvant à gauche dans des couleurs spatiales et de cette plage, formant ainsi un raccourci qu’on comprend vite. Vers la troisième minute, on enchaîne sur un passage bien posé, Mike fait avec sa wawa ce qu’il a a faire pendant que Travis travaille son rythme, puis on reprend un riff tueur avant de démarrer le pur solo. Les schémas se séparent, s’opposent et se rejoignent, la construction de ce titre est comme une équation et ne s’arrête jamais. Sûrement l’un des morceaux qui comporte le plus d’écoutes à mon compteur de lectures, toujours aussi envoûtant et qui te fait rentrer en Trans. Comme quoi YOB n’est pas forcé d’improviser 10 minutes avant de passer à l’essentiel, cet interlude, dont le final est juste jouissif, en est la preuve.
M’enfin on dit pas non aux morceaux qui durent trois plombes non plus ! Non pour blâmer, cette remarque s’adresse plutôt aux lapins détracteurs de YOB qui prendraient pour argument qu’ils en font des caisses. C’est même ce qui fait initialement le charme de YOB. Du coup Catharsis prend la relève avec près de 24 minutes qui termineront l’album. Ce n’est pas Echoes pour autant, mais rarement un morceau ne m’a autant déconnecté de la réalité à son écoute. La Catharsis est donc selon Aristote, la libération des réactions et des passions des spectateurs lorsqu’ils assistaient à ses tragédies
« Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l’âme hors d’elle-même, remises d’aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation. C’est à ce même traitement dès lors que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d’une façon générale, sont sous l’empire d’une émotion quelconque pour autant qu’il y a en chacun d’eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allégement accompagné de plaisir. Or, c’est de la même façon aussi que les mélodies purgatrices procurent à l’homme une joie inoffensive. » 
Aristote

Catharsis annonce donc un futur prophétique, on devine cette tragédie comme l’avenir environnemental qui nous est réservé. Et c’est ce son imprégnant devient de plus en plus intense, les paroles avancent dans l’ombre et l’inquiétude. On accélère vers la 15e minute, on ralentit et on growl encore plus vers la 18e et c’est à partir de 19:30 que l’apocalypse dans un seul riff est annoncé dans un seul riff. Cast the Darkness to the wolves // Rise Upon the violet throne sont gueulés entre des prédictions dans un maelstrom musical, ça en devient à la fois désespérant et émouvant. La dernière minute est juste monstrueuse, un chaos psychédélique qui s’arrête net sans prévenir. Le genre de pièces qu’il faut vivre. Même si parfois poussifs, YOB est un trio (instable) véritablement sincère et qui cultive un sens incroyable de l’appréhension du son et une approche spirituelle de la musique. Et c’est pour ça que Catharsis, tout comme leurs autres opus, sont des disques à gagner en écoute.

Sunset

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10000visions est un blog amateur rédigé par deux passionnés. Axé principalement sur la musique, il contiendra des chroniques de disques, de lives et des ressentis face aux alentours musicaux, notamment celui des sons hybrides, psychédéliques, minimalistes et extrêmes.

Des bisous, bonne lecture.

– You see man as a rather dismal creature

– Yes. Why not? Look around… you’ll see what’s there. Fear, and frightened people who kill what they can’t understand.