Yob – Catharsis (2003)

Il ne faudrait pas plus d’un an à YOB après un premier disque fascinant Elaborations of Carbon (2002), pour que le groupe poursuive sa lancée d’expérimentation Stoner/Doom puissant teintée d’un progressif mystique. Déjà initiés précédemment (et ce, depuis leur démo éponyme de 2000) sur des prouesses de plus de 15 minutes comme Asleep in Samsara ou Revolution, les fans de YOB comprendront définitivement sur ce disque que les types d’Oregon ne font pas dans le simple et qu’il faudra au moins attendre The Illusion of Motion pour tomber sur un morceau qui puisse durer moins de 7 minutes sur Doom 2#. C’est parce que là nous sommes à 3 pistes, mais la quantité ne compte pas chez YOB, seule la qualité donne le caractère planant de leur son unique.

Travis Foster joue en crescendo sur ses cymbales marquées par des coups de caisse claire pour nous troubler, mais aussi afin d’introduire Aeon. Près de deux minutes durant sur ce rythme, puis Mike Scheidt nous refait vibrer sur des notes et des accords qui résonnent dans la reverb et le delay et ainsi s’écoulent comme de l’eau dans une rivière, la basse de Isamu Sato se joigne et le tout devient affreusement pesant. La lourdeur de YOB n’a jamais été aussi explicite, surtout quand Mike décide d’appuyer sur sa pédale pour activer la distorsion le temps de quatres mesures pour exploser et de reprendre le son d’origine. Les paroles sont ensuite dites, dans des superpositions entre un growl intermittent, des susurrations inquiétantes et cette voix ultra-modifiée omniprésente qui pourrait s’assimiler à Geddy Lee du groupe Rush. Ensuite le groupe oscille entre ces couplets s’envolant dans des progressions psychédéliques, des instrumentaux doom en disto et des passages d’une grande sagesse (laissant la guitare débuter ses solos sur le rythme de Travis qui ne reste pas moins nuancé, notamment à la dixième minute). Vers la quinzième minute, Mike comprend que c’est à lui de mener le morceau et démarre un excellent solo qui progressera vers un déchaînement total et dans une répétition hypnotique, il conclura le morceau sur le chant.

Tandis qu’Ether est tout d’un coup d’une puissance rentre dedans, jamais un morceau de YOB ne sera aussi radical. A peine un slide, pas besoin de plus pour démarrer ce pur Stoner Metal de sept minutes conçu et sonnant façon Gardenia de Kyuss où les accords se répètent, se renversent, s’enchaînent et la batterie remplit les espaces entre les accords. La voix rejoint le morceau et prend plus que jamais son message écologique, le refrain « Never Will I See the Sun Again? » répété maintes fois pour accentuer la critique et l’avertissement que donne le groupe pour un combat contre la pollution de la couche d’Ozone et donc du réchauffement climatique (snow = banquise on imagine) et tout ce qui s’y associe. Il suffit d’ailleurs de voir la pochette de Catharsis, pour y voir l’opposition entre les grandes cheminées (qui provoquent une référence évidente à Animals de Pink Floyd) et les populations bouddhistes qu’elles enfument, l’enjeu se trouvant à gauche dans des couleurs spatiales et de cette plage, formant ainsi un raccourci qu’on comprend vite. Vers la troisième minute, on enchaîne sur un passage bien posé, Mike fait avec sa wawa ce qu’il a a faire pendant que Travis travaille son rythme, puis on reprend un riff tueur avant de démarrer le pur solo. Les schémas se séparent, s’opposent et se rejoignent, la construction de ce titre est comme une équation et ne s’arrête jamais. Sûrement l’un des morceaux qui comporte le plus d’écoutes à mon compteur de lectures, toujours aussi envoûtant et qui te fait rentrer en Trans. Comme quoi YOB n’est pas forcé d’improviser 10 minutes avant de passer à l’essentiel, cet interlude, dont le final est juste jouissif, en est la preuve.
M’enfin on dit pas non aux morceaux qui durent trois plombes non plus ! Non pour blâmer, cette remarque s’adresse plutôt aux lapins détracteurs de YOB qui prendraient pour argument qu’ils en font des caisses. C’est même ce qui fait initialement le charme de YOB. Du coup Catharsis prend la relève avec près de 24 minutes qui termineront l’album. Ce n’est pas Echoes pour autant, mais rarement un morceau ne m’a autant déconnecté de la réalité à son écoute. La Catharsis est donc selon Aristote, la libération des réactions et des passions des spectateurs lorsqu’ils assistaient à ses tragédies
« Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l’âme hors d’elle-même, remises d’aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation. C’est à ce même traitement dès lors que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d’une façon générale, sont sous l’empire d’une émotion quelconque pour autant qu’il y a en chacun d’eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allégement accompagné de plaisir. Or, c’est de la même façon aussi que les mélodies purgatrices procurent à l’homme une joie inoffensive. » 
Aristote

Catharsis annonce donc un futur prophétique, on devine cette tragédie comme l’avenir environnemental qui nous est réservé. Et c’est ce son imprégnant devient de plus en plus intense, les paroles avancent dans l’ombre et l’inquiétude. On accélère vers la 15e minute, on ralentit et on growl encore plus vers la 18e et c’est à partir de 19:30 que l’apocalypse dans un seul riff est annoncé dans un seul riff. Cast the Darkness to the wolves // Rise Upon the violet throne sont gueulés entre des prédictions dans un maelstrom musical, ça en devient à la fois désespérant et émouvant. La dernière minute est juste monstrueuse, un chaos psychédélique qui s’arrête net sans prévenir. Le genre de pièces qu’il faut vivre. Même si parfois poussifs, YOB est un trio (instable) véritablement sincère et qui cultive un sens incroyable de l’appréhension du son et une approche spirituelle de la musique. Et c’est pour ça que Catharsis, tout comme leurs autres opus, sont des disques à gagner en écoute.

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